LYAUTEY

 

Le Maréchal Lyautey

 

La création au Maroc d'un système éducatif moderne est le produit de la volonté d'un homme, le Maréchal Lyautey, premier Résident Général de France au Maroc et de l'essor d'une ville, Casablanca, dont le développement démographique et économique nécessitait la formation d'une élite intellectuelle.

 

 

Rares sont en France, les écoles à porter le nom d'un militaire.

Rares sont les écoles françaises dans un pays étranger à porter le nom d'un personnage politique, à plus forte raison quand celui-ci a exercé un pouvoir de tutelle sur ledit pays.


Pourtant, curieusement à Casablanca, le lycée français porte le nom du Maréchal Lyautey, premier Résident Général français au Maroc. Curieusement ? Ce choix implique plus que la décision des associations d'anciens élèves marocains du lycée de conserver ce nom après l'Indépendance.


Le personnage de Hubert Gonzalve Louis Lyautey (1854-1934) dépasse, dans la mémoire collective, l'image traditionnelle d'un représentant d'une puissance occupante.

Il est utile dès lors de distinguer les fonctions qu'il incarne de l'homme et de sa personnalité.

En effet, le haut fonctionnaire français est chargé de mettre en place et de prolonger les applications concrètes d'un traité de protectorat signé en 1912, à Fès, entre le Maroc et la France. Le Protectorat, cadre institutionnel original à la notion juridique incertaine, avait déjà été expérimenté par la France au Cambodge, en Tunisie, à Madagascar et n'était aux yeux de beaucoup de français de ce début de XXe siècle qu'une solution transitoire, l'assimilation restant le but ultime. Ainsi, Madagascar, protectorat en 1885, était devenu colonie en 1896.

D'autre part, le personnage, dès son arrivée, a exprimé au sujet du Maroc un avis totalement différent : "Ici, nous avons réellement trouvé un état et un peuple".

Il ne s'agissait dès lors, en aucune manière de coloniser le pays mais seulement d'y rétablir la paix civile (l'intervention française au Maroc en 1911 est motivée par les difficultés que rencontre le sultan à maintenir son autorité sur les tribus révoltées) et de le faire accéder à la "modernité".

Lyautey affirme en outre son désir de voir respecter les coutumes et traditions du pays et fait sienne cette formule : "ce peuple n'est pas inférieur, il est différent".

C'est dans cette dernière exigence que l'étude de la personnalité du Maréchal Lyautey prend toute sa dimension.

Quand il arrive au Maroc en 1912, Lyautey veut devenir le "Monsieur d'ici", nom qu'il donnait à Gallieni lorsqu'il servait sous ses ordres au Tonkin, puis à Madagascar dans les années 1890.

Gallieni, admirable organisateur, méprisant les routines de la bureaucratie, animateur et créateur de vie, avait pacifié le Tonkin et Madagascar en économisant les vies humaines, en respectant les consciences et les intérêts légitimes de tous.

Au Tonkin par exemple, Gallieni et son état-major (dont Lyautey) se découvrent ingénieurs pour les routes, architectes pour les villes, agronomes pour les campagnes, enseignants enfin. "Faire de la vie" en somme.

Et effectivement, le Maroc devient un vaste chantier supervisé par Lyautey. On bâtit des villes, jette des ponts, trace des chemins de fer, creuse des ports, défriche des terres, exploite des mines; Casablanca, exemple des rêves de grandeur de Lyautey, est le témoin de cet élan créateur.

Bien sûr, le "Saint n'était pas sans péché". En voulant faire du Maroc un "état moderne", Lyautey voyait aussi les intérêts de la France : œuvre civilisatrice pour la bonne conscience, ce pays représente aussi un énorme marché à investir et à contrôler pour les banquiers et les entrepreneurs venus de la métropole.

Cependant, il était contre la colonisation de peuplement (pour lui, la terre devait rester marocaine) et ne souhaitait voir s'installer au Maroc que de grandes organisations, ce qui lui valut des ennemis dès son arrivée. Dès 1912, est créé l'Office Chérifien des Phosphates dont les revenus servent au développement des infrastructures du pays.

Il n'est pas question ici de refaire le procès de la colonisation. Justement parce que, tous s'accordent à le dire, Lyautey est un colonisateur atypique.

C'est bien pour cela qu'il constate dès 1920, dans la circulaire restée célèbre qu'il adresse à ses proches collaborateurs, qu'entre la politique qu'il aurait voulu que la France applique au Maroc et la réalité, le fossé se creusait de plus en plus.

Ainsi, à la notion de contrôle français sur les institutions marocaines (notion explicite du traité de protectorat) s'opposait de plus en plus la notion d'administration directe. Le Sultan, dont Lyautey, monarchiste, se voulait le premier serviteur, s'il disposait du pouvoir législatif et promulguait les lois, n'en avait pas l'initiative.

De plus, très peu d'emplois administratifs étaient aux mains des Marocains, les étudiants marocains pouvant devenir cadres dans l'administration (notion de gestion indirecte) voyant leurs chances limitées sous la pression des colons.


Le rôle des pachas à la tête des grandes villes, par exemple, n'était que fiction.

L'immigration des petits colons européens, que Lyautey voulait de toutes ses forces limiter, n'y voyant que graine de discorde avec une population en pleine explosion démographique et qui avait besoin de toute sa terre pour nourrir ses enfants, était de plus en plus importante et posait déjà des problèmes de cohabitation dans les campagnes.

L'entreprise de pacification n'était pas terminée, de nombreuses tribus refusant encore la présence française.

Ainsi, même la politique d'enseignement ne faisait pas l'unanimité, la majorité de la jeunesse marocaine continuant de ne pas y avoir accès.


Constat d'échec ? C'est probablement sur cette impression que Lyautey choisit de rendre sa charge de Résident Général en septembre 1925, ne supportant pas les obstacles que met la bureaucratie parisienne à son entreprise marocaine et qui lui reproche de ne pas voir affluer assez vite vers la métropole les fruits de ses investissements au Maroc.

Il quitte le pays dans l'indifférence des autorités françaises.

De retour en France, il deviendra un ambassadeur informel du Maroc lors de l'exposition coloniale de 1931.

Il meurt en 1934, la France reconnaissant bien tardivement son œuvre créatrice.

Lyautey aimait passionnément le Maroc et il pensait que la création d'un pays moderne n'était possible qu'avec l'adhésion des cœurs. Il laissera derrière lui le goût doux-amer de ce qu'aurait pu être une grande œuvre de fraternisation, un pont jeté sur la Méditerranée, reliant ses deux rives.


Christophe Primault
Professeur au Lycée Lyautey

Descriptif : Lyautey ou le rêve fracassé est l'une des sept grandes biographies que Jacques Benoist-Méchin a rassemblées sous le titre " Le rêve le plus long de l'Histoire ". Benoist-Méchin ne pouvait qu'être fasciné par Lyautey (1854-1934), cet homme de passion, d'action, de pouvoir, de panache, dévoré par le besoin de peuples à élever et d'espaces à féconder. En 1897, avant d'être rappelé du Tonkin où il est considéré comme le grand homme du pays nouvellement pacifié, craignant de retrouver l'étroitesse du monde parisien, il écrit ces mots révélateurs : " J'ai cru que j'allais être un de ceux auxquels les hommes croient, dans les yeux duquel des millions d'yeux cherchent l'ordre, à la voix et à la plume duquel les routes se rouvrent, des pays se repeuplent, des villes surgissent... je me suis bercé de tout cela... " Ce rêve, on le sait, il le poursuivra au Maroc. Après avoir donné sa mesure en Indochine, à Madagascar et en Algérie, il fondera le Maroc moderne, renforçant le trône chérifien, conquérant les Marocains par son sens de la grandeur, son oeuvre de bâtisseur, son respect des croyances de l'Islam, rêvant pour le Maghreb d'une fédération franco-musulmane qui s'appuierait sur le pouvoir religieux du Sultan. En 1925, l'hostilité que lui voue la gauche, l'attribution à Pétain du commandement des troupes engagées dans la guerre du Rif le contraignent à démissionner, à quitter " le royaume exemplaire ". Le rêve est fracassé.

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Louis-Hubert LYAUTEY (1854-1934)

Élu en 1912 au fauteuil 14

Grand officier de la Légion d'honneur
Médaille militaire


Prédécesseur : Henry Houssaye
Successeur : Louis Franchet d’Espèrey

Œuvres
Discours et travaux académiques

Militaire
Biographie

Né à Nancy, le 17 novembre 1854.
Comme nombre de ses ancêtres, Hubert Lyautey se destina très tôt à la carrière militaire et entra à Saint-Cyr en 1873. Après avoir poursuivi sa formation à l’école de guerre, il fut envoyé en Algérie où il demeura deux ans comme officier de cavalerie. Rentré en Europe, Lyautey rendit visite dans son exil au comte de Chambord, pour lui témoigner son dévouement. Mais, devant la division et la faiblesse des royalistes, ce légitimiste de cœur devait cependant se rallier, par raison, à la République.
En 1894, Hubert Lyautey, qui était appelé à accomplir l’essentiel de sa carrière hors de la métropole, quitta de nouveau la France pour le Tonkin d’abord, puis pour Madagascar, en 1897, où il partit avec Gallieni. Devenu colonel, en 1900, Lyautey parvint à pacifier la région et à en favoriser le développement économique.En 1903, il fut appelé par le gouverneur général Jonnart, en Algérie. Œuvrant avec efficacité pour le maintien de la paix, il y reçut ses étoiles de général. En 1912 enfin, celui qu’on allait surnommer Lyautey l’Africain devenait le premier résident général de France au Maroc. Il donna là toute la mesure de son génie de stratège et de grand administrateur. Ayant pris rapidement une connaissance parfaite de la région, du terrain et des mœurs comme des tribus, il fut soucieux de respecter la religion islamique dont il s’instruisit, et de respecter aussi la personne du sultan, Commandeur des croyants. Il sut s’attirer la confiance des élites locales, prenant dans son sens exact le terme de protectorat. Il sut pacifier et il sut bâtir, créant notamment avec Casablanca les premières structures du Maroc moderne.
Pendant la première guerre mondiale, il quitta temporairement ses fonctions pour devenir, entre décembre 1916 et mars 1917, ministre de la Guerre dans le cabinet Briand. Après avoir regagné le Maroc, il fut fait, en 1921, maréchal de France. Mais l’hostilité du cartel des gauches lui ôta, durant le gouvernement Painlevé, le commandement des troupes engagées contre la rébellion d’Abd-el-Krim pour les confier à Pétain, ce qui le conduisit à donner sa démission et à rentrer définitivement en France, en 1925. Il y remplit, avant de mourir, une dernière mission : l’organisation de l’Exposition coloniale de 1931.
Caractère exceptionnel, doué d’une remarquable intelligence dans l’action, Hubert Lyautey consacra quelques ouvrages au métier militaire. L’essai qu’il publia en 1891 dans La Revue des deux mondes, « Du rôle social de l’officier dans le service militaire universel », dans lequel il faisait connaître sa conception humaniste de l’armée, eut un grand retentissement et influença toute une génération d’officiers. Il développa ces thèmes dans un ouvrage, Le rôle social de l’armée (1900), et publia également Dans le sud de Madagascar, pénétration militaire, situation politique et économique (1903), le fruit de son expérience coloniale.
Hubert Lyautey n’était pas encore maréchal de France quand il fut élu à l’Académie française, le 31 octobre 1912, au fauteuil d’Henry Houssaye par 27 voix. Il ne fut reçu qu’après la guerre, le 8 juillet 1920, par Mgr Duchesne.
Mort en France, le 27 juillet 1934, Lyautey fut enseveli à Rabat. En 1961, sa dépouille devait être ramenée en France pour être déposée aux Invalides.



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