UN IMMORTEL EST PARTI ,
Pour Toi Majesté, la mort est une anomalie ! Que Dieu qui t'a pris, protège nos destinées ! Ce grand cur nous aura quittés ! Le Maroc est en pleurs. Avec Toi, on se riait du destin et des calamités ! Tu nous as appris à marcher, le front élevé, la fierté dans les yeux, vers de beaux horizons ! J'irai de maison en maison, j'errerai de rue en rue, des barrages aux champs, pour retrouver Ton sigle et Ta silhouette, Ton Nom ! Pour retrouver mes mots en berne, je remuerai les sables sahraouis et les terres devenues fertiles sur ton sillage, en bénissant Ton Nom ! Sire, Vous avez perdu un père unique. Un Père qui nous a rendus adultes et élevés comme ses enfants ! Qui pourrait un jour célébrer pareil monument des défis et du djihad bien compris ? Qui, parmi les politiques, les architectes et les artistes ? Vous, certes ! J'en fais le serment ! Car, Vous êtes son pareil du fait de Sa noble et prophétique semence, dans ce pays béni et prédestiné de Dieux,trait d'union entre les mondes ! La langue se pourfend dans ses propres larmes ! L'esprit qui dicte les mots, s'arrête ! Hassan II, notre immense Sultan, notre Emir dévoué ! Nous sommes très petits devant Ta merveilleuse grandeur ! Et nous le sommes encore plus maintenant Deuil et consternation, sur la Terre entière, mais Tu ne périras jamais ! Nos rêves se fracassent ! La mort, traîtresse, nous prend au dépourvu ! Un été morne, nous menaçait, un été triste est là. Les robes de mariées s'envolent, le linceul nous couvre de son spectre ! Qu'allons-nous devenir ? Nous sommes si attachés à Toi ! Qu'allons-nous devenir dans un monde de troubles où périclitent les nations ? Qu'allons-nous devenir au milieu de l'océan meurtrier et des mers que l'on pille ? Le Maroc est orphelin des nobles causes auxquelles Tu l'as initié : La jeunesse que tu couvais et personnifiais, Al Qods où Tu fis merveilles L'UMA, le M.aghreb des cultes et des cultures, dont nous Tu nous as fait les pacifiques soldats ! Que Ton âme sacrée et celle de Ton digne père veillent sur notre jeune Roi ! ton fils symbole pérenne des liens puissants que Ta volonté trace pour cette nation ! Longue vie et à notre adulé Sidi Mohammed ! Même dans Ta mort, ô sublime cérémonie, Tu rassembleras le monde autour de Toi ! Prière cuménique, prière collégiale où se rencontreront toutes les races, toutes les religions pour faire la même prière ! N'est-ce pas que toutes les religions ne sont que des formes de prière, adressées au Même Dieu ? Comme dans ce Temple des Religions, où nous voyons le Maroc, en promoteur inventif, construire en sous Ton égide avant-gardiste, pour magnifier l'esprit de tolérance,l'université multiple des trois religions. Amour sans calcul, dispensé autour de Toi, générosité sans bornes, brillant de la culture, sens de la répartie, intelligence des arts, immortalité hospitalité, dialogue des religions, tolérance : Tu seras immortel ! Tu es le faiseur de paix ! Maintenant que Tu es près d'Allah, invoque-Le, pour protéger les Tiens ! Louanges et miséricorde, paix sur Toi, Toi la Gloire de nos Souverains ; L'orgueil des Arabes, la fierté de notre Islamique Nation ! Saluons le fanion hissé, Sidi Mohammed, la bannière étoilée de l'union. Saluons, d'une totale révérence, faite de patience et de courage, l'homme affable et solidaire, si célèbre du prénom ! Sidi, comme ses prédécesseurs, il saura sur les marches de Notre illustre Père, nous faire gravir les marches d'un somptueux destin. Le flambeau à la main de notre civilisation, je le vois guider notre pas. Attristés, oui, même si nous accusons le Destin ! Le Roi ne mourra jamais au Maroc ! C'est un peuple aguerri et sage qui le veut et Lui en fait docte allégeance et heureux présage!
A SA MAJESTE LE ROI DU MAROC SIDI MOHAMMED, QUE DIEU VOUS ASSISTE ET VOUS PROTEGE ! SIRE,
Nous pensons que Hassan II est un être éternel, aussi avons-nous peine à réaliser ou à croire qu'Il soit parti ! Le choc tragique de la perte brutale de notre Père à tous, SM le Roi Hassan II, Que Dieu l'ait en Sa sainte miséricorde, n'a d'égal en sentiments profonds, que le baume et l'honneur de voir Son digne fils, perpétuer la dynastie Chérifienne et présider aux destinées, admirables et prometteuses de la Nation. Dès votre jeune âge, Majesté, Votre générosité naturelle et Vos légendaires prédispositions s'affermirent. Nourri de ses louanges reconnaissantes et sincères, le peuple qui vous côtoie, Vous bénit avec déférence. Nul doute, que la force vitale, la superbe et le charisme de Votre prodigieux Précepteur vous habitent. La reconnaissance planétaire de Ses actes valeureux, la glorification de Ses initiatives diplomatiques, ont magnifié en grande pompe Son génie et ouvrent sur le Maroc une aube nouvelle, faite de sympathies et de rapprochements spectaculaires. Le Peuple dont Vous êtes l'emblème et le symbole de la solidarité agissante, mêmes, voue à Votre Majesté, depuis longtemps, ses marques d'amour et d'affection. Vous reprenez le flambeau des libertés et de la culture, pour éclairer notre ascension vers le progrès, assurer la sérénité dans la région et ouvrir le Maroc et les siens, avec métier, aux défis de la mondialisation. Cette avancée est le fruit d'une culture politique clairvoyante, faite d'écoute, d'actes courageux, de pragmatisme et de tolérance. Qualités que Votre Père n'a pas manqué de conseiller autour de lui, devenant par la même une Référence illustre, une éminente Ecole ! Quelle meilleure preuve que cette sollicitude avec laquelle les grands de ce monde ont entouré le souvenir de notre Souverain, en Vous encadrant de cette affection sublimée que Votre grande Famille a ressentie, avec orgueil, malgré sa terrible affliction ! Autre don, posthume de Votre prodigieux Père, dont la générosité et la baraka sanctifiée, continueront de se déverser sur nous. Sa gloire flamboyante est une des plus belles pages écrites dans les annales de notre Civilisation. Le Maroc lui doit sa place de Pays respecté et le statut de dignité et de confiance qu'il occupe au sein des nations. Votre illustre Père est un être qui restera immortel, certes. Nourri de Sa longue expérience, que Dieu aide Votre Majesté à perpétuer Son superbe héritage, à parfaire Son souvenir, à parachever avec enthousiasme sa passion du Maroc et Ses grands idéaux. Confiants en Votre sage Personne, nous sommes assurés de Vos mérites et pleins d'espoirs. Nous implorons le Très Haut de Vous protéger et nous assurons Votre Majesté de notre allégeance et de notre admiration.
AVEC TOUTE MA DEFERENCE AU ROI SIDI MOHAMMED. QUE DIEU AIDE VOTRE MAJESTE DANS CETTE IMMENSE EPREUVE. SI VOTRE MAJESTE A NOTRE AVENIR COMME GAGE, VOUS AVEZ NOTRE AMOUR COMME SOUTIEN.
Hassan II, le roi qui a
conjugué absolutisme et ouverture DESTIN contradictoire que celui de
Hassan II, dix-septième souverain de la dynastie ala-ouite,
établie en 1666. Son règne de trente- huit ans s'est achevé
mieux qu'il n'avait commmencé. Le style du monarque
vieillissant, sage et paternel, visage marqué et regard las,
contraste singulièrement avec celui du beau prince Moulay
Hassan, fringant et arrogant, qui avait succédé, en 1961, à
Mohammed V ! Le souvenir du jeune roi « flambeur »
et impulsif des années 60-70 s'est estompé dans les mémoires,
tandis que s'imposait, à partir du conflit du Sahara occidental,
en 1975, l'image de l'« Unificateur » des terres et
des hommes, titre auquel il aspirait pour devenir le continuateur
de son père, surnommé le « Libérateur ». Le
tacticien fougueux, avant tout préoccupé de préserver les
privilèges de l'absolutisme royal, s'est mué en stratège
soucieux de l'avenir de la dynastie et de la nation. S'il n'a pu ou su réduire les zones de pauvreté,
en revanche, à l'heure où le tiers-monde ne rêvait que
d'industrialisation, il a ordonné la construction d'un réseau
de barrages qui ont assuré le pain au peuple. Il s'est inscrit
aussi dans la lignée des grands bâtisseurs, a édifié des
palais, rénové Casablanca, embelli les villes impériales
- Fès, Marrakech, Meknès, Rabat. Il fit construire la
mosquée Hassan II, la plus vaste après celle de La Mecque. Au sein d'un monde arabe régenté par des régimes
autoritaires, voire sanguinaires, il a fini par faire figure de
libéral. L'ombre des prisonniers politiques, assassinés ou
maintenus au secret, s'est un peu dissipée avec de tardives et
timides mesures de grâce ; il a encouragé le
multipartisme, même s'il a tenté d'abaisser les partis, et toléré
une presse plurielle, même s'il a bridé sa liberté
d'expression. Contesté par les « monstres sacrés »
qu'étaient Fayçal d'Arabie, Nasser, Bourguiba, Boumediène, il
a réussi à s'imposer parmi ses pairs comme un des chefs d'Etat
les plus avisés du monde arabe et de l'Afrique. Au fait des réalités
internationales, héritier de l'ancestrale tradition du makhzen
(gouvernement royal), il a appris, après des faux pas comme
la « guerre des sables » avec l'Algérie, en 1963,
que la politique est une longue patience. Nul doute que les deux
tentatives de régicide auxquelles, grâce à son sang-froid, il
a échappé par miracle en 1971 et 1972, ont favorisé cette métamorphose. « COMMANDEUR DES CROYANTS » « Commandeur des croyants », titre
qui fonde sa légitimité, il revêt la djellaba blanche
traditionnelle. Simple fidèle musulman, il ceint avec humilité
le drap du pèlerinage à La Mecque, faisant oublier son immense
fortune à une population dont le tiers vit en dessous du seuil
de pauvreté. Gardien du trône, il reçoit l'allégeance de ses
sujets du haut de son cheval d'apparat dans le méchouar (palais
royal). Chef des armées, il arbore l'uniforme de général,
d'amiral (il a été élève officier sur la Jeanne), ou
d'aviateur (c'est un pilote accompli). Dans ce pays où le
football est roi, il coiffe la casquette du sportif en tenue de
golf ou de cavalier. Enfin, le complet-veston traduit la volonté
de modernité du souverain, qui souhaitait voir le Maroc adhérer
à l'Union européenne. C'est le 9 juillet 1929 qu'il a vu le jour.
Dès l'âge de deux ans, il reçoit une double éducation :
il apprend l'arabe et le Coran, mais sa gouvernante, puis son précepteur,
M. Deville, sont français. Adolescent, il fréquentera
l'université de Bordeaux, dont il sortira docteur en droit. Il a sept ans quand le sultan lui fait
rendre les honneurs officiels. Peu après commence son initiation
aux arcanes du pouvoir et de la diplomatie internationale. Il
raconte dans son autobiographie, le Défi (Albin Michel,
Paris, 1976), une scène qui l'a marqué : l'entrevue
historique d'Anfa, en juin 1943, entre Mohammed V,
Franklin Roosevelt et Winston Churchill. « J'étais dans
ma quatorzième année et l'on peut imaginer qu'en présence de
ces hommes prestigieux j'ouvris bien grands mes yeux et mes
oreilles (...). Le président américain déclara que le
système colonial était périmé, à son avis condamné
(...). Il évoqua le jour, qu'il souhaitait très proche, où,
les hostilités ayant pris fin, le Maroc accéderait librement à
l'indépendance, selon les principes de la Charte de l'Atlantique. »
Moulay Hassan en conservera le goût de la diplomatie. Son père définit sa stratégie par cette
formule, inverse de celle du protectorat : « Vers
les réformes par l'indépendance ». Le 10 décembre
1943, il parraine la fondation du parti de l' Istiqlal (indépendance),
dont le nationaliste Allal El Fassi fera le grand
mouvement de libération. Malgré les heurts avec les résidents
généraux, Mohammed V se range aux côtés de la France
libre : les troupes marocaines participent aux batailles
d'Afrique, d'Italie, d'Allemagne. Mais l'indépendance ne vient
pas ! Le 10 avril 1947, Mohammed V la réclame
dans le célèbre discours de Tanger. Paris réagit en nommant
des résidents généraux énergiques, lesquels, contrairement à
Lyautey, méprisent les « indigènes ». PREMIER COMPLOT Devenu juriste, Moulay Hassan conseille son père.
Il participe à la rédaction du discours du Trône de 1952,
considéré comme la charte du nationalisme marocain. L'épreuve
de force est engagée entre le palais et la résidence générale.
Celle-ci encourage les intrigues du glaoui, pacha de Marrakech,
à la tête des conjurés, qui proclament sultan un fantoche,
Mohammed Ben Arafa. Mohammed V refuse l'ultimatum du général
Guillaume le sommant d'abdiquer. Le 20 août 1953, il est
arrêté avec ses deux fils, Hassan et Abdallah ; la famille
royale est envoyée en exil en Corse, puis à Madagascar. En Algérie, le soulèvement de novembre 1954
marque l'émergence du FLN et le début de la guerre de libération.
Pour éviter un embrasement général de l'Afrique du Nord, la
France accélère l'accession à l'indépendance de la Tunisie et
du Maroc. Le 16 novembre 1955, Mohammed V, rétabli
dans ses droits, regagne triomphalement son pays, qui accède à
l'indépendance le 3 mars 1956. Le roi doit alors affronter deux forces qui se
sont aguerries dans la lutte anticoloniale : l'armée de libération
et l'Istiqlal. A la légitimité dynastique et spirituelle du
monarque, elles opposent la légitimité populaire. A l'époque,
l'Espagne est présente à Tarfaya, à Ifni, au Sahara espagnol
et, au nord, dans les présides de Ceuta et Melilla. La France,
elle, prépare l'indépendance de la Mauritanie contre le gré du
souverain. Le royaume morcelé entre dans une phase de
turbulences, tribales avec les révoltes du Tafilalet (1957) et
du Rif (1958-1959), partisanes avec la scission de l'Istiqlal, en
1959, dont l'aile gauche fonde l'UNFP (Union nationale des forces
populaires), dominée par la figure charismatique de Mehdi Ben
Barka et celle, plus énigmatique, de Mohammed Basri. Les partis
veulent continuer la lutte de libération et mener le combat
social, alors que le palais entend consolider le trône. Bousculant la tradition selon laquelle le
prince héritier était désigné par un conseil d'oulémas après
la mort du souverain, Mohammed V proclame dauphin Moulay
Hassan, le 9 juillet 1957. Puis il le nomme chef d'état-major
et lui confie la tâche d'organiser les Forces armées royales (FAR)
en y intégrant les troupes de l'Armée de libération influencées
par l'UNFP. Le prince devient une cible : en février
1960 éclate le premier complot visant à l'assassiner. Selon le
pouvoir, Mehdi Ben Barka en aurait été le cerveau et Mohammed
Basri le bras. Mohammed V congédie le gouvernement, qui
compte des membres de l'UNFP, assume la présidence du conseil et
confie la vice-présidence et le ministère de la défense à
Moulay Hassan, qui contrôle dès lors tous les rouages de
l'administration et de l'armée. UNE MONARCHIE CONSTITUTIONNELLE Moins d'un an plus tard, le 26 février
1961, Mohammed V s'éteint. « J'ai assisté, raconte
un témoin, à la mutation instantanée de ce fils éploré,
sanglotant, en proie à la plus profonde douleur, en un souverain
qui reprenait pour son compte le vieux cri jadis en faveur à la
cour de France : ý le Roi est mort, vive le Roi !ý
Faisant taire ses sentiments personnels, maître de lui,
s'occupant de mille détails, donnant des ordres précis, il
n'eut plus qu'un seul souci : assurer dans l'heure la
relève... ». Hassan II forme son premier gouvernement,
le 2 juin 1961. Il se réserve la fonction de premier
ministre et des affaires étrangères et attribue l'intérieur à
Reda Guedira, qui sera, toute sa vie, son fidèle conseiller ;
les autres portefeuilles sont confiés à l'Istiqlal, au
Mouvement populaire, au Parti démocrate de l'indépendance.
L'UNFP et le Parti communiste sont tenus à l'écart. Exauçant le voeu de Mohammed V
d'instituer un « régime démocratique dans le cadre
d'une monarchie constitutionnelle basée sur la séparation des
pouvoirs », Hassan II élabore la Constitution,
qui sera approuvée par référendum le 7 décembre 1962.
Son article 3 stipule : « Il ne peut y avoir
de parti unique. » Hassan II avoue lui-même :
« Je ne laisserai pas mettre la monarchie en équation.
Il me faut l'approbation de la foi, non celle des sophistes. »
Il favorise la multiplication des partis et joue de leurs
rivalités pour les affaiblir et les asservir. Le roi règne et
gouverne. Le souverain nomme le premier ministre et les
ministres, met fin à leurs fonctions, préside le conseil, est
chef des FAR, promulgue la loi, exerce le droit de grâce, peut
proclamer l'état d'exception. « Le souverain se trouve
donc investi d'une triple mission : religieuse, nationale et
politique. Il veille au respect de l'islam ; il garantit
l'indépendance de la nation ; enfin, il représente l'unité,
la pérennité de l'Etat et veille au respect de la Constitution »,
ajoute-t-il. Les dix années qui suivent sont les plus
noires de son règne. Les conflits avec les partis sont constants.
En juillet 1963, on découvre un nouveau complot
tendant à renverser le régime et à assassiner le roi ;
Mehdi Ben Barka et Mohammed Basri sont encore mis en cause ;
ils seront condamnés à mort par contumace moins d'un an plus
tard, tandis que la répression s'abat sur l'UNFP. Mehdi Ben
Barka dénonce ce « régime théocratique et féodal qui
tendrait à ressusciter les structures médiévales de la société
traditionnelle marocaine ». La situation économique est mauvaise, les
tensions sociales très vives. En mars 1965, des émeutes
mettent à feu et à sang Casablanca, Rabat et Fès. Le Parlement
reflète le malaise populaire. Hassan II lui reproche d'être
« un champ clos où les partis prétendent régler leurs
comptes particuliers ». Le couperet de l'état
d'exception ne va pas tarder à tomber. Le 7 juin, alors que la Chambre délibère,
Reda Guedira, pourtant féal du roi, déclare à Louis Gravier,
correspondant du Monde : « Vous constatez
que les institutions constitutionnelles fonctionnent sans entrave
ni contrainte... Eh bien, malgré cela, dans moins de deux heures,
on les déclarera superflues ! C'est à noter pour
l'histoire » ( Le Monde du 9 juin 1965). La
Chambre est dissoute, le pouvoir absolu rétabli. L'AFFAIRE BEN BARKA En octobre 1965, Mehdi Ben Barka,
dont la personnalité et l'audience inquiètent Hassan II,
est enlevé en plein Paris et secrètement assassiné. L'opération
a été montée par le général Oufkir, tout-puissant ministre
de l'intérieur, et son adjoint, le colonel Dlimi. S'ouvre alors
un interminable procès qui conduit Paris et Rabat au bord de la
rupture. « Il faut que les vrais responsables, Oufkir et
Dlimi, soient condamnés. Le roi, bien entendu, est complice et même
l'inspirateur du crime », confiera de Gaulle à Vincent
Monteil, le 4 avril 1967 ( Le Maroc, Seuil, coll.
« Petite Planète », Paris). Il faudra attendre l'élection
de Georges Pompidou, en 1969, pour que les relations bilatérales
retrouvent un cours normal, puis amical. Au Maroc, la grogne est
étouffée. La monarchie avait récupéré pacifiquement la
province de Tarfaya, en 1958, et celle d'Ifni, en 1960. Embourbé
dans les querelles intestines, le roi ignore les mouvements
autonomistes qui se créent au Sahara espagnol. Il craint que les
partis marocains qui les soutiennent ne cherchent à l'attirer
dans un piège en prônant la libération de ce territoire. Grave
erreur ! En juillet 1970, Hassan II soumet à
référendum une nouvelle Constitution. Pour limiter « le
jeu stérile des partis », il a renforcé l'exécutif
et réduit les pouvoirs du Parlement. L'Istiqlal, l'UNFP et les
syndicats appellent à voter « non » tandis qu'Allal
El Fassi stigmatise « l'état d'exception permanent ».
Les élections législatives qui suivent sont truquées. Des
jacqueries éclatent dans les campagnes. Le 10 juillet 1971, le roi organise une
somptueuse réception au palais de Skhirat. A 14 h 8,
les cadets de l'Ecole d'Ahermoumou ouvrent le feu. Une tuerie !
Ils sont commandés par le lieutenant-colonel Ababou, qui est de
mèche avec le général Medbouh, directeur de la maison
militaire du roi. Le trône vacille. A 17 heures, le
monarque, enfermé dans un réduit, retourne la situation :
il se fait reconnaître de ses geôliers, qui implorent le pardon.
Les chefs de la conjuration sont arrêtés ; ils seront exécutés
et leurs complices envoyés au bagne. Ce n'est que le premier
acte. « Changer quelque chose à ma façon
de gouverner » ! C'est ce que décide enfin le
souverain. Il déclenche une campagne contre la corruption,
adopte des mesures sociales, fait des ouvertures aux partis...
Une Constitution plus libérale, accordant des responsabilités
accrues au Parlement, est soumise au peuple et approuvée le 1er mars
1972. Pourtant, l'opposition est sceptique et l'armée en proie
au doute. Le 16 août 1972, le Boeing 727 qui
ramène Hassan II de Paris est pris en chasse par des F-5
qui veulent l'obliger à atterrir à la base de Kenitra. Malgré
les tirs de roquettes, le roi ordonne d'atterrir en catastrophe
à Rabat. Au moment où il quitte le salon d'honneur, une
nouvelle rafale est tirée. Il a la baraka : il est
sauf. C'est Oufkir, ministre de la défense, qui a organisé le
putsch manqué. Convoqué au Palais, il s'y serait donné la
mort, selon la version officielle. LA MARCHE VERTE 1973 est l'année du bon tournant. A l'intérieur,
Hassan II obtient une première adhésion avec la
marocanisation des terres reprises aux étrangers. A l'extérieur,
il déploie son génie diplomatique. Dès février, il réduit
la menace de l'armée en envoyant en Syrie un contingent qui se
battra avec bravoure sur le Golan pendant la guerre d'octobre
contre Israël. Après le sommet de Rabat (1969) dont naîtra
l'Organisation de la conférence islamique (OCI), le Maroc s'était
replié sur lui-même. Cette fois, il revient en force sur la scène
arabe et musulmane. Il y jouera un rôle déterminant. Entre-temps, le Front polisario, né en 1973,
entame la lutte armée contre l'Espagne au Sahara occidental et
obtient le soutien de la Libye de Kadhafi et de l'Algérie de
Boumediène. Madrid envisage d'accorder l'indépendance au
territoire. Les partis sont les premiers à alerter le roi. Il
prend l'affaire en main, en associant toutes les forces
politiques du pays. Il obtient secrètement, en 1974, le
ralliement de la Mauritanie, alliée de l'Algérie, mais
n'envisage pas un conflit armé avec l'Espagne. Il organise alors
une gigantesque mise en scène : la Marche verte. Partis de
Tarfaya, drapeaux en tête, Coran à la main, 350 000 Marocains
déferlent pacifiquement jusqu'à la frontière du territoire
contesté. Le 14 novembre 1975, l'accord de Madrid consacre
le partage du Sahara entre Rabat et Nouakchott. Boumediène oppose au roi le droit des peuples
à l'autodétermination dans les frontières héritées de la
colonisation. Il soutient donc le Polisario et la République
arabe sahraouie démocratique (RASD), proclamée le 27 février
1976. Les troupes marocaines subissent de nombreux revers et en
1978 la Mauritanie, ruinée, se retire du conflit. L'armée avait été épurée après les
putschs manqués. La voilà humiliée par des maquisards en
guenilles. En mai 1980, Hassan II met au point la
stratégie des « murs » de défense qui vont être édifiés
le long des frontières algérienne et mauritanienne : les
FAR contrôlent le terrain, mais leur succès est imputé au
souverain, qui, de plus, leur a rendu l'honneur. Il est moins
heureux sur le plan diplomatique, puisque le vingtième sommet de
l'Organisation de l'unité africaine (OUA) admet en son sein la
RASD. Le Maroc se retire de l'organisation. RÉCONCILIATION Manoeuvrier, Hassan II atténue cet échec
par un complexe jeu diplomatique régional et international. Président
du Comité al Qods (Jérusalem), il soutient l'OLP, mais
maintient des contacts discrets avec Israël. Il accueille
plusieurs sommets arabes et de l'OCI en faisant prévaloir une
ligne modérée. A Fès, en septembre 1982, il fait
adopter le plan de paix du roi Fahd d'Arabie. En reconnaissant
implicitement Israël, le monde arabe substitue à sa stratégie
de guerre une stratégie de paix. En 1980, il soutient l'Irak contre l'Iran de
Khomeini. L'axe Rabat-Le Caire-Amman-Bagdad lui vaut le
soutien des Occidentaux et la reconnaissance, notamment financière,
des pétro-monarchies de la péninsule Arabique. Pour contrer l'Algérie, qui cherche à
l'isoler en signant, en 1983, un traité de fraternité et de
concorde avec la Tunisie et la Mauritanie, il conclut, en 1984,
avec le colonel Kadhafi, un traité d'union entre le Maroc et la
Libye. Ce mariage contre nature lui donne le répit nécessaire
pour consolider ses positions au « Sahara marocain ».
Puis la visite que lui rend, en 1986, Shimon Pérès, lui
permettra d'apporter la preuve de la bonne volonté arabe, et,
accessoirement, de profiter des virulentes critiques de Kadhafi
pour mettre un terme à l'encombrante union avec Tripoli, qui
indispose les Etats-Unis. Les succès diplomatiques ne suppriment pas les
problèmes intérieurs, mais ils les atténuent. Au conflit
saharien qui coûte cher se sont ajoutées de catastrophiques années
de sécheresse. En janvier 1984, les « émeutes
de la vie chère » embrasent plusieurs villes du pays.
Hassan II laisse le Parlement jouer son rôle, encourage
l'initiative privée, lance une politique d'autonomie communale
et de décentralisation. Il favorise dans les grandes villes et
les régions la création d'associations qui jouent le rôle de mécènes
pour préserver le patrimoine et rendre la vie quotidienne plus
agréable. Tolérée sinon encouragée, l'économie souterraine,
qui représente environ 50 % du produit national brut (PNB),
contribue à réduire les tensions. Face à la montée de l'islamisme, Hassan II
ne se contente pas d'opposer son titre de « Commandeur des
croyants ». Il adopte une double démarche, moderniste et
traditionnelle : il rénove Casablanca, principal foyer
d'agitation urbain du royaume ; parallèlement, il « marocanise »
cette ville européenne et la dote de la mosquée qui porte son
nom, le « sanctuaire splendide ». La souscription
populaire, volontaire mais en réalité obligatoire, a donné
lieu à des abus et à des scandales, mais le roi a aussi
« fait payer les riches ». Hassan II était cependant trop avisé
pour ne pas avoir conscience des menaces qui guettaient le
royaume : la démographie, le conflit saharien, les lacunes
du développement solitaire, le défi européen de 1993. Il a
donc pris l'initiative de se réconcilier sérieusement avec
l'Algérie. Il a ainsi permis au président Chadli Bendjedid de réunir
près d'Alger, le 10 juin 1988, le premier sommet maghrébin
de l'histoire. Le 17 février 1989, il a réuni à Marrakech
le deuxième sommet, qui a fondé l'Union du Maghreb arabe. Certes, ce Grand Maghreb groupant la Libye, la
Tunisie, l'Algérie, le Maroc et la Mauritanie reste à
construire. Hassan II aura néanmoins légué à son fils,
Mohammed VI, un Maroc plus structuré, plus uni - et
peut-être moins féodal - que celui dont il avait hérité.
Soucieux de l'avenir de la
dynastie et de la nation, Hassan II est devenu fin stratège
au fil des ans. Si, au plan intérieur, ses réformes politiques
sont restées limitées, il réussit, dans ses relations
diplomatiques, à se concilier l'Orient et l'Occident. Il laisse
à son fils Mohammed VI un Maroc plus structuré et plus uni.