L'empire français de 1870 à 1914

En 1871, l'empire colonial français a une superficie inférieure à 1 millions de km2, pour 5 millions d'habitants. En 1920, la superficie est passée à 12 millions de km2, pour 60 millions d'habitants.

Il faut distinguer la période de 1871-1879, dite du recueillement. La conquête reprend avec Jules Ferry, il assigne un double but aux colonies, fournir des matières premières et assurer des débouchés pour les produits finis.

I- L'Algérie et la Tunisie

A) L'Algérie

Les européens d'Algérie sont hostiles à l'empire, et accueillent avec joie, la République, car c'est le pouvoir civil qui va gouverner. Ils obtiennent un régime civil, avec un gouverneur civil, dépendant du ministère de l'Intérieur. Le décret du 24 octobre 1870 prononce la naturalisation des 37 000 israélites indigènes d'Algérie.. En 1871, a lieu, le soulèvement de Mokrani, dans la partie orientale de l'Algérie. Pour en venir à bout, les français doivent aligner 85 000 hommes, des milliers de kabyles sont déportés en Nouvelle Calédonie. Il n'y aura pas d'immigration massive des alsaciens-lorrains, seulement 60 000.

En 1898, une crise antijuive éclate en Algérie, en France, on est en pleine affaire Dreyfus, du plus la France connaît une crise viticole, c'est la voie ouverte en Algérie à une certaine décentralisation que les colons ont tendance à confondre avec un programme autonomiste. L'autonomie de l'Algérie est confondue avec l'autonomie politique. Max Régis prend la tête des antisémites en janvier 1898, la foule est maîtresse de la rue pendant cinq jours en janvier 1898. Le 25 août, l'Algérie reçoit la promesse d'une autonomie financière, et la création d'une assemblée territoriale élue qu'on appelle les délégations financières. Le conseil supérieur de l'Algérie est réorganisé, la loi du 29 décembre 1900 confère à l'Algérie la personnalité civile et un budget spécial, la revendication autonomiste des colons est satisfaite.

B) La Tunisie

La Tunisie marque la reprise de l'activité coloniale. Elle est endettée, les consuls italiens et français se disputent la confiance du bey, les finances tunisiennes sont mises sous contrôle. L'Etat tunisien est sous la tutelle des gouvernements européens. Le sort de la Régence de Tunis se joue au Congrès de Berlin de mai-juin 1878, les anglais et les allemands se montrent favorable à l'intervention de la France en Tunisie. Le lobby financier et diplomatique, ainsi que le prestige poussent la France à agir. Ferry, président du Conseil y est favorable. Un incident de frontière donne prétexte à intervenir, les kroumiss en mars 1881 franchissent la frontière algérienne. Le 12 mai 1881, le bey Mahomed Sadok de Tunis doit signé le traité de Bardo qui établit le protectorat de la France sur la Régence de Tunis. A l'été 1881, la région de Kerouan se soulève, mais à la fin de 1881, la Tunisie est pacifiée. Le 28 octobre 1881, Ferry sauve son ministère, mais il doit démissionner le 18 novembre 1881, c'est Gambetta qui lui succède. Le protectorat est officialisé par la Convention de Marsa le 21 février 1883 qui précise les attributions du résident général, celui-ci détient l'essentiel des pouvoirs, c'est la deuxième expérience de protectorat.

Une commission d'enquête dirigée par Jules Ferry, conclut à une réforme nécessaire, un nouveau gouverneur est nommé.

La conquête du Sahara ne se fera pas sans mal, la pacification est terminée vers 1901.

II- L'Egypte et l'échec français

L'Egypte est une province de l'empire ottoman. En 1863, Israel Pacha accède au trône d'Egypte et obtient le titre de Khédive. L'influence française a grandi avec le percement du canal de Suez. L'endettement de l'Egypte s'accroît. En 1871, la dette est de £ 48 millions alors que le budget de l'Etat est de £ 7 Millions. Le Khédive a 171 000 actions du canal de Suez, il décide de les vendre, Parsi est en pleine phase de recueillement, la banque Rottshild achète les actions du Khédive pour le compte de la Banque d'Angleterre. L'Etat égyptien est en faillite. En 1876, un arrangement est trouvé, la mise sous tutelle de l'Etat égyptien, ce contrôle est bipartite (anglais pour les recettes, français pour les dépenses). Tewfik remplace Ismael déchu. Les comptes sont en voie d'être apurés mais les finances sont grevées par les prélèvements, ce qui entraîne un mécontentement croissant de la population qui trouve son expression dans le mouvement du colonel Arabi (nationaliste), porte-parole des fellahs, deux insurrections se déroulent en février 1880 et en septembre 1881. Les français sont indécis et laissent passer la chance de jouer un rôle déterminant. Gambetta est favorable à l'intervention mais son ministère ne dure que deux moi et demi, Bismarck est hostile à toute intervention commune entre l'Angleterre et la France. Le 27 janvier 1882, Gambetta tombe, Freycinet lui succède, il est surnommé la souris blanche. Une conférence se tient à Istemboul, la France est hostile à l'intervention. Le 11 juin 1882, à Alexandrie, des européens sont massacrés lors d'une émeute, les anglais veulent intervenir, les français non. L'amiral anglais Seymour, bombarde Alexandrie. L'attitude de la France permet à l'Angleterre de prendre pied en Egypte. Le 25 juillet 1885, un débarquement combiné est envisagé, Freycinet soumet une demande à la Chambre, le 29 juillet, la majorité vote non à la demande de crédits, la France renonce à toute intervention. Le condominium est aboli, l'Egypte devient un protectorat britannique.

III- L'Afrique noire

Des postes sont fondés au Soudan, la conquête reprend en 1880 à partir du Sénégal et de la Guinée de 1891 à 1898. Le contrôle de la France sur la boucle du Niger est instauré.

A) L'Afrique occidentale française

Au Niger, une guerre entre les français et les hamadous, se termine par la destruction de la puissance des hamadous en 1893. Joffre prend Tombouctou en février 1894, la colonie du Haut Sénégal Niger est fondée. C'est une zone de tension entre français et anglais, une convention est signée en 1890.

Le gouvernement français fait occuper Cotonou après le congrès de Berlin en 1885. Le roi du Dahomet demande au français d'évacuer son territoire, son fils conclut un accord puis attaque les français. Il se rend et il est déporté à la Martinique, par le décret du 22 juin 1894, la colonie du Dahomey est créée.

La Côte d'Ivoire sera colonie en 1893

En Guinée la France est présente sur la côte, elle deviendra colonie en 1893, le premier gouverneur construit la ville de Conakry.

Les territoires entre le Sénégal, le Tchad, le golfe de Guinée sont regroupés en AOF, en février 1895 (Sénégal, Haut Sénégal Niger, Guinée, Côte d'Ivoire, Dahomey, territoire militaire du Niger, territoire civil de Mauritanie), cela représente 4 millions de km2, pour 11 millions d'habitants

B) L'Afrique équatoriale française

Brazza remonte le fleuve Ogooué en 1875, en 1880, il découvre le cour du Congo. Brazza passe un accord avec le Makoko qui reconnaît la souveraineté française, ce traité est ratifié par la Chambre. A la colonie du Congo français va s'ajouter les territoires de l'Oubangui-Charri. Brazza fonde la colonie sur l'amitié, les terres conquises sont accordées à des compagnies concessionnaires qui vont exploiter les indigènes.

Le Tchad :

Il y a une résistance très forte de Rabah, qui est un marchand d'esclave, il est traqué par trois expéditions qui font leur jonction sur le lac Tchad. La victoire française est acquise le 22 avril 1900.

En 1910 l'Afrique équatoriale française est constituée, elle comprend le Gabon, le Congo, l'Oubangui-Charri, le Tchad.

Le 21 mars 1899, une convention franco-anglaise est signée, elle délimite les influences des deux pays en Afrique orientale.

IV- Madagascar

La première expédition remonte à 18783, le 17 septembre 1885, un traité met fin aux hostilités. La rade Diego-Suarez est cédée à la France pour 99 ans, le royaume Hova passe sous un protectorat français, par la convention franco-anglaise du 5 août 1890, Madagascar est échangé contre Zanzibar. La deuxième expédition résulte de la décision d'Hanoteaux d'envoyer un corps expéditionnaire en 1895, la campagne est très difficile, Tananarive est prise le 30 décembre 1895, la reine Ranavalona III reconnaît la prise de possession par la France. La loi du 6 août 1896 déclare Madagascar, colonie française. Gallieni est gouverneur général de 1896 à 1905. Il met en pratique la technique de la tache d'huile.

V- L'Indochine

Francis Garnier s'empare d'Hanoi en 1873, mais il est tué quelques jours plus tard. Le traité de Saïgon est signé le 15 mars 1874.

En 1883, le commandant Rivière s'empare de nouveau d'Hanoi, il est tué quelques jours plus tard, comme Francis Garnier, au Pont de Papier, par les Pavillons Noirs, bis repetita.

Ferry pratique une politique dite "des petits papiers", c'est-à-dire, qu'il demande de petits volumes de crédits et d'hommes à la Chambre, mais cela plusieurs fois.

Le 23 août 1883, par le traité de Hué; le protectorat sur l'Annam est institué, puis les français occupent tout le Tonkin. AU premier traité de Tsien-Tsin, le 11 mai 1884, la Chine se dit prête à évacuer le Tonkin. Pour autant, le retrait ne se fait pas, le 28 mars 1885, a lieu un accrochage à Lang Son, où les officiers français ont manqué de sang-froid, c'est la débandade des troupes françaises, ce qui n'était qu'un simple incident militaire sur place, se transforme en désastre, une fois la nouvelle connue à Paris. Le 30 mars 1885, le cabinet Ferry est renversée par la Chambre, la carrière politique de Jules Ferry est brisée. La Chine évacue le Tonkin. La "pacification" se poursuit sous Gallieni et Lyautey. En 1894, le delta du fleuve Rouge est pacifié. En 1896, les problèmes de frontière entre la France et l'Angleterre en Indochine sont résolus, le Siam formera un Etat tampon. La constitution de l'Indochine se termine avec le protectorat sur le Laos.

En avril 1897, la France obtient la confirmation de sa zone d'influence au Yunnan, en Chine.

L'Union Indochinoise est constituée en octobre 1897.

VI- De Fachoda à l'Entente Cordiale

La conférence de Berlin (novembre 1884 à février 1885) a décidé qu'un territoire ne pourra pas être possédé si il n'est effectivement occupé et si une autorité officiellement notifiée aux autres puissances ne s'y exerce pas. Cela dissocie la mainmise politique de l'exploitation économique. L'enjeu du débat est le bassin du Congo, c'est une zone de liberté commerciale, la navigation sur le fleuve est permise à tous. La création de l'Etat libre du Congo avec Léopold II pour souverain, permet d'établir une zone tampon entre les grandes puissances, pour autant les points de tension restent nombreux.

L'affrontement entre la France et l'Angleterre prend un tour important avec la crise de Fachoda durant l'été 1898. La France veut relier ses possessions de Dakar avec Djibouti : axe est-ouest. L'Angleterre veut créer un axe sud-nord par le chemin de fer qui devrait joindre Le Cap au Caire.

Le problème se situe au Soudan. La Grande-Bretagne est en Egypte depuis 1882, elle entreprend la conquête du Soudan qui commande le Nil, le général Kitchener reçoit cette mission.

En Juillet 1896, le gouvernement français envoie une expédition commandée par Marchand, elle part du Gabon, vers le haut Nil, le 10 juillet 1898, Marchand atteint Fachoda, y installe un fortin, proclame le protectorat de la France sur la région. Kitchener a écrasé les troupes du Mahdi et il arrive à son tour devant Fachoda le 19 septembre 1898. Il réclame l'évacuation des français, Marchand refuse. De part et d'autre de la Manche, le nationalisme se déchaîne. Delcassé ne veut pas l'affrontement avec l'Angleterre, le 3 novembre 1898, Marchand reçoit l'ordre d'évacuer. Il évacue donc le 11 décembre 1898, il rentre par l'Ethiopie et Djibouti. Le 21 mars 1899, la France renonce aux sources du Nil, une vague d'anglophobie déferle sur la France. Il n'y aura pas d'Afrique centrale française. Il faut conclure un accord sur les divers contentieux, il faut traiter avec la "perfide Albion". La guerre des Boers a montré que l'Angleterre n'était pas totalement invincible. Victoria meurt en 1901. Edouard VII lui succède, Balfour est Premier ministre, ils sont favorables à un rapprochement avec la France. Cambon ouvre les négociations. Edouard VII vient à Paris, Loubet va à Londres. Le 8 avril 1904, un accord franco-anglais sur les colonies est signé, cela jette les bases de l'Entente Cordiale. La France reconnaît la possession de l'Egypte par l'Angleterre, cette dernière appui la France dans son entreprise de conquête du Maroc. L'Entente Cordiale règle de vieux conflits. La France a rétablit une alliance avec la Russie. A partir de 1904-1905, le système d'isolement de la France conçu par Bismarck est rompu.

VII- Le Maroc

Le Maroc est un Etat indépendant avec des problèmes financiers, le sultan meurt en 1894. La France encourage le grignotage du Maroc à partir de l'Algérie. Lyautey va commencer à pénétrer au Maroc à partir du sud algérien. Le Maroc se voit proposer par la France, un projet de réforme, qui se traduirait par un protectorat.

Guillaume II réagit à l'occasion d'une escale à Tanger, le 31 mars 1905, il fait valoir les droits allemands sur le Maroc, c'est le « coup de Tanger ». Une conférence internationale se réunit à Algégiras du 14 janvier au 07 avril 1906, l'intégrité du Maroc est confirmé, l'acte final du congrès reconnaît la prépondérance française au Maroc. A partir de 1906, l'ingérence administrative et financière au Maroc, progresse. Le Sultan est renversé, la tension monte. En février 1909, il y a un accord entre la France et l'Allemagne, mais la conquête militaire par les français se poursuit, l'Allemagne décide de réintervenir. Le 1 avril 1911, elle débarque un contingent dans le port d'Agadir. Le 4 novembre 1911, un accord est conclu, l'Allemagne reçoit une part du Congo français et elle cède à la France "le bec de canard". C'est le prélude au traité de Fez, signé le 30 mars 1912 qui établit le protectorat français sur le Maroc. Lyautey est le premier résident général au Maroc, il débarque à Casablanca le 13 mai 1912.

 

A la veille de 1914, l'empire français est le deuxième empire colonial, derrière celui de l'Angleterre, il regroupe plus de 40 millions d'habitants, pour 10 millions de km2, il assure le prestige de la France, mais il est plus éparpillé que l'empire anglais, il demeure une "cendrillon" économique.