CASABLANCA, D' HIER ET D'AUJOURD'HUI

C'est à Casablanca, ville à forte densité d'européens (40% de la population en 1920), que sont apparus les premiers établissements scolaires français et c'est là que l'histoire du Lycée Lyautey s'est jouée jusqu'à nos jours, au rythme de l'extension spectaculaire de sa ville d'accueil.

"Casa" est tout ensemble ville d'Afrique, d'Europe et d'Amérique.

Il suffit de traverser son centre pour s'en convaincre : d'abord, les immeubles des grandes banques de l'avenue Hassan II à la modernité internationale, puis, la place Mohammed V créée sous le Protectorat dans un style bien particulier sur lequel nous reviendrons, enfin, au bout de l'avenue, derrière la Tour de l'horloge, place des Nations-Unies, l'ancienne médina.

Ce que Casablanca perd en pittoresque, elle le gagne, là, en originalité.

Cette ville n'a pas une histoire aussi prestigieuse que Fès, Meknès ou Marrakech. Ici, pas de joyau almohade ou saadien. On oublie cependant souvent qu'Anfa fut un comptoir phénicien six siècles avant J.C. Il est vrai toutefois que la cité ne prospéra guère avant le XIXE siècle puisqu'en 1830, elle ne compte que 600 habitants. Le véritable essor de la ville date de la deuxième moitié du XIXE siècle, lorsque s'installent des négociants européens afin d'exporter vers l'Europe les richesses céréalières de la plaine de la Chaouia ainsi que les textiles marocains. Au début du XXe siècle, la ville compte déjà 20.000 habitants.

Bientôt, Casablanca supplante Tanger et devient le premier port du Maroc. Mais c'est incontestablement le Maréchal Lyautey qui, engageant un mouvement de grande ampleur, fait de Casablanca la métropole qu'elle est aujourd'hui.

Nous l'avons vu, Lyautey se veut fondateur, Casablanca est un peu son œuvre.
A Casablanca, comme dans les autres villes du Maroc, la politique urbanistique de Lyautey est bien particulière. Il s'agit d'une part de conserver la ville traditionnelle et d'autre part d'expérimenter à côté de celle-ci, une ville nouvelle et d'avant garde. Ainsi, dès novembre 1912, Lyautey crée le Service des Beaux-Arts et des Monuments Historiques afin de protéger, voire de restaurer, ces médinas dont il goûtait intensément la beauté menacée.
Conservateur intégral du cadre de la cité musulmane, l'urbanisme de Lyautey est d'une grande modernité lorsqu'il s'agit de créer une ville nouvelle. Avec l'architecte urbaniste Henri Prost, Lyautey dessine les principales options du développement urbain de Casablanca. Prost dispose autour du noyau constitué par la médina, les nouveaux quartiers en demi-cercle, de manière à éviter le plan en damier, si monotone et cependant de rigueur dans la plupart des villes neuves construites aux XIXE et XXe siècles.

Reste à ériger des bâtiments. A Casablanca, on met fin au temps du "style du vainqueur" pour mettre à l'honneur le "style du protecteur". Le premier avait consisté à transporter en Afrique du Nord tout l'appareil monumental de la ville française et son décor, le second s'inspire de l'art monumental arabo-musulman dans une volonté de composer, de protéger en intégrant.

Donc, après l'exubérance du style "fin de siècle", les architectes du Protectorat adoptent ce style "hispano-mauresque" qu'ils transposent très librement dans les édifices publics et privés et qui se caractérise par la blancheur des bâtiments et la simplicité des formes extérieures auxquelles s'oppose la profusion raffinée de l'intérieur. Les bâtiments administratifs autour de la place Mohammed V, l'Hôtel de Ville, le Palais de justice, la Poste Municipale, en sont les exemples les plus achevés.

Puis, après 1920, l'esthétique Art-déco est utilisée à Casablanca, réutilisant parfois des formes traditionnelles marocaines, composant ainsi l'un des plus beaux ensembles architecturaux de cette époque sans équivalent en Europe même.

Aujourd'hui encore, l'avenue Mohammed V et les rues adjacentes révèlent au promeneur de nombreux exemples de cette architecture reconnue maintenant à sa juste valeur.

On peut déjà parler à Casablanca de course à la hauteur, chaque architecte rivalisant d'audace. Dès 1934, alors que la ville compte 250.000 habitants, on en parle comme du "New-York de l'Afrique du Nord" et son nom, dans l'imaginaire collectif est synonyme de réussite. Le film "Casablanca", tourné en 1942, achève de l'élever au rang des villes mythiques. Elle abrite alors 500.000 habitants. Casablanca doit être aussi, à cette époque, la vitrine du développement économique du Maroc, Rabat étant destinée à devenir une ville-jardin, siège des institutions et administrations du pays.

Le développement économique de la ville, dès lors, ne va plus cesser jusqu'à nos jours.

Il va s'accompagner d'une croissance démographique sans précédent, faisant de Casablanca la première ville du Maroc, mais aussi du Maghreb, l'une des grandes métropoles africaines à l'égal du Caire ou de Lagos. Le "Grand Casa" (c'est-à-dire les 5 préfectures nouvellement créées) compte plus de 3,2 millions d'habitants (chiffres officiels 1993). La population s'accroît d'année en année, alimentée par le double phénomène de la croissance démographique de tout le pays et de l'exode rural, la ville apparaissant comme dans tous les pays en développement comme un exutoire aux difficultés de la campagne.

Premier port d'Afrique du Nord, Casablanca dispose d'industries de transformation des matières premières importées. Elle est aussi le siège des grandes banques, sociétés et offices économiques du pays ainsi que des principales firmes étrangères représentées au Maroc, ce qui entretient l'aspect cosmopolite de la ville avec ses centres culturels français, espagnol, italien, américain,...

Ces dernières années, la plupart des quartiers de la ville se sont également dotés d'un centre culturel (Maarif, Anfa, Sidi Belyout, ... ).

Pôle économique et culturel, Casablanca, principale "porte d'entrée" du pays et porte ouverte sur le monde, doit aujourd'hui réguler sa croissance, donner à tous' ses habitants un cadre de vie agréable, donner à tous, les atouts pour aborder le XXIE siècle.


Christophe Primault
Professeur au Lycée Lyautey



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