LES TROIS EGLISES DU MAARIF

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I)- Bonaventure cordonnier 1852/1946- Style: Colonial Espagnol- Architecte: Franciscains Eglise construite en1918.

II)- Camille Vial - Style: Neobizantin- Architecte: Albert Greslin 1888/1966 Eglise construite en partie 1936.

III)- Le Caer - Style: Moderne- Architecte: Pierre Coldefy 1918/1978 Eglise actuelle construite en 1952.

Avant toutes choses, et par un heureux hasard je dois dire que j'ai connu ces deux architectes la même année de 1955, en effet le 18 Octobre j'ai été embauché comme dessinateur chez Mr. Coldefy, et après dix jours seulement, j'ai été admis chez Esso Standard, entreprise avec qui j'ai travaillé dans divers postes jusqu'à mon départ du Maroc en 1964, étant chez Esso, Mr. Greslin se vit confier la construction du Garage Esso Bd. De Lorraine, aussi je le rencontrais dans les rendez vous de chantier.

Les causes de ce que Mr Greslin n'ait pas poursuivi son oeuvre au Maarif, et que le Père Le Caer ait changé d´Architecte me sont inconnues, si ce n'est qu'une Eglise Néobizantine est plus onéreuse que celle qui fut finalement construite par Coldefy, Mais les plans du projet Greslin sont disponibles sur le bulletin Salésien, ainsi qu´aux services municipaux de Casablanca où ils sont archivés. Mais il est dommage que la coupole principale eut été détruite et transformée en terrasse...voir photo de 1936.

LES HOMMES

Je dispose de la biographie de ces deux architectes, ainsi que celle du Père Bonaventure Cordonnier, celles du père Vial et Le Caire sont faciles à se procurer chez les Salésiens, ainsi nous pouvons dès à présent écrire l'histoire de notre Paroisse, sans trop de difficultés, et de ces cinq Hommes qui sont intervenus d'une façon décisive, voici le premier:

MARIE-BONAVENTURE CORDONNIER:

Auguste-Albert Joseph Cordonnier est né à Roubaix en 1852 et quand il arrive au Maroc, l'un des cinq premiers aumôniers militaires, en 1908, il a déjà 55 ans. Et sauf un répit de deux ans en France, il reste au Maroc jusqu'à sa Mort en 1946, à l'âge de 93 ans.

C'est une grâce d'avoir connu le Père Banaventure, dans sa pleine forme, comme ce fut le cas de l'auteur de cet écrit, en 1925, du temps que ce père était Curé d´Oujda. Il faisait une impression profonde : religieux en toute sa personne, homme de foi et de prière, une autorité parfois rude, mais pleine de charité, il suffisait de le voir, de l'entendre dire sa messe ou prêcher et, avec cela, aimable et souriant, accueillant et jeune avec les jeunes que nous étions alors.

Essayons de reprendre les traits de cette vie si attrayante et féconde. Cela a été fait en plus long par le père Achille Léon, naguère son supérieur et aussi par le Père Charles Cordonnier, son neveu qui a recueilli de nombreux documents le concernant. Et nous possédons ce document de première valeur, écrit de sa main, l´agenda où le père Bonaventure relate en cinq chapitres:

1º)Ses souvenirs de la Campagne de la Chaouia avec d'Amade et Lyautey.

2º)Les tractations en vue d'établir l´aumônerie militaire 1909-1910.

3º)La Fondation de la Paroisse d'Oujda-1910.

4º)La Fondation de la Paroisse du Maarif-1918.

5º)Et la persécution religieuse à Marseille, dont il fut victime 1903-1904.

Reprenons au début de cette vie si remplie, il y eut d´abord une vocation précoce au sacerdoce, il fut reçu le 29 juin 1876 à Lille, dans le clergé séculier. Passons sur sa carrière qu'il parcourt à pas de géant...Marseille, c'est là aussi que la Providence le guette pour l'envoyer en mission, lui qui en tient la Procure. C'est de là qu'il va partir pour le Maroc, en 1908 et ce premier séjour est relaté dans le chapitre 1er sur les Aumôniers militaires.

Le Maroc ne le lâchera plus; il y revient en 1910, après avoir combattu, comme on l'a vu aussi, pour que les aumôniers soient autorisés à pénétrer officiellement au Maroc et, c'est ainsi qu'en 1910, il arrive à Oujda pour Pâques et y fonde la paroisse; on aura beau l'en éloigner pour fonder le Maarif, à Casablanca, il lui faudra revenir à son cher Oujda qui le réclame, en 1924...

Pourtant il n'a pas eu que des joies dans son apostolat, témoin ce fragment de lettre qui nous reste (20 mars 1920) datée du Maarif:

"La mission du Maroc est bien ingrate. Pour le moment, on ne peut rien

"faire auprès des musulmans; nous devons nous borner aux Catholiques

"venus nombreux de partout, de France, Algérie, Tunisie, Italie, d'Espagne

" dans l'espoir de faire rapidement fortune, Y réussiront-ils? L'avenir le "dira. Mais dès maintenant on peut dire que beaucoup y perdent leur âme..

" L'ancien curé d'Hecq. Redevenu curé d'un faubourg de Casablanca, est

"seul pour une population cosmopolite qui augmente tous les jours et à qui

" il faut parler en trois langues: français, espagnol, italien. Pauvres gens

"qui ont laissé leur foi et leurs pratiques religieuses dans leur pays.

Voici un autre témoignage, venu d'une haute personnalité, le Maréchal Lyautey qui l'a connu depuis la campagne de la Chaouia.:

" Mon Révérend Père,

" Combien votre lettre et vos cartes m'émeuvent. Je nous revois en 1908,

" le général d'Amade et moi, assistant à la messe de Boucheront. Je vous

" revois ensuite à Oujda, y organisant le centre catholique, avec tant de

" dévouement et d'activité, et entreprenant la construction de cette belle

" Eglise dont vous m'envoyez aujourd'hui la photographie. Et j'évoque votre

" glorieux frère. Le Lieutenant Léon Cordonnier (devenu général, N.D.L.R.)

" Puis je vous revois à l'Agdal de Rabat avec mon cher Père Dane.

" Comme je vous suis reconnaissant de me rappeler tous ces chers souvenirs

" de ce Maroc auquel je reste si fidèlement attaché...

" C'est de tout coeur que ma femme et moi, nous vous envoyons nos voeux

" fidèles, en vous priant, mon Révérend Père, de trouver l'expression de

" mon affectueux et religieux dévouement. "

Le Maarif est un faubourg de Casablanca, à environ 2kms500 du centre ville. C'était à l'origine un vaste terrain, appartenant à Monsieur Murdoch (Parc Murdoch à Mers Sultan) et Buttler, qui y ont tracé des rues et ont fait un lotissement de leur propriété: des maisons ouvrières s'y élevèrent immédiatement, ces terrains ont été achetés en 1914 par ces négociants Anglais à une fraction de la tribu berbère des Maaroufis, issue du village de Ben Ahmed, El Maarif-Regada, existe encore aujourd'hui dans la région de Ben Ahmed ( Aziz Rafaï ) l'étymologie du mot vient du substantif pluriel du mot Aarft= Savoir, connaître en Arabe.

" 1917. Au mois de décembre, le R.P. Bertin, supérieur des Franciscains français du Maroc, alla visiter le Maarif, avec le père Bonaventure Cordonnier, qui manifesté le désir d'évangéliser ce quartier, très éloigné de toutes église et par suite dépourvu de tous secours religieux. Ils virent près d'un jardin public ou une place, un terrain, qui sur le plan du quartier, avait été réservé par ces Messieurs Lotisseurs, pour la construction future d'un centre religieux, environ 3.000 à 3.500 m2 40X80. Les lotisseurs avaient un pressant besoin de relancer les ventes freinées par la guerre de 14/18, de plus ces terrains n'étaient pas encore assainis, et sans voirie, seul des rues tracées en damier et des alignements, mais sans eau et sans lumière, aussi les prix dérisoires vu l'éloignement du centre, soit cinquante fois moins cher, 2 ou 4 fr. le m2. Le Père Bonaventure ne dit pas dans ses mémoires si ce terrain leur fut cédé gratuitement? Mais le laisse supposer.

Pour l'heure il fut décidé que le Père pendant la construction s'occuperait tout d'abord de catéchiser les enfants, pour les préparer à la communion.

Une chambre fut loué, le 14 décembre, rue du Mont Pilât, nº 10, au prix de 35 fr. Par mois, puis ce local étant trop cher, on changea par mesure

D'économie...Mlle Germaine Santol catéchiste aidait le Père.

CHAPELLE PROVISOIRE DE ST. ANTOINE.

Nécessité d'une chapelle.

A la suite des visites au Maarif, le Père comprit la nécessité d'instruire au plus tôt, l'exercice du culte dans ce quartier. Une Diaconesse protestante, Anglaise, s'y était installée, avec une compagne.

Le Père Maurice accepta la proposition que lui fit le père Bonaventure de louer la maison nº 10, rue du Pelvoux, pour ouvrir une chapelle provisoire et y célébrer la messe le dimanche. Elle fut louée le 12 septembre 1918.

Par ce que nous venons de voir le Père Bonaventure n'avait pas une grande opinion de ses fidèles du Maarif à juste raison, et il se trouvait en exil forcé par les circonstances du moment, il avait entre 66 et 72 ans, et cela est compréhensible vue ses antécédents d'Aumônier militaire, le mérite est pour lui, car la tâche fut dure mais gratifiante, hommage à lui.

Il nous quittât pour retourner à Oujda en 1924, mais sa vie fut encore longue et il mourut presque centenaire en 1946, 22 ans après à Rabat. Son corps fut transporté triomphalement en une longue procession à Oujda où il repose dans sa propre église, auprès de ceux des pères Théodovic Bacalerie et Hilaire Verrier.

 

ACHITECTE: ALBERT GRESTIN

Né à Versailles le 24 mai 1888, mort le 30 novembre 1966à Marseille. Actif à Casablanca à partir de 1917 comme collaborateur de Mr. Desmaret également architecte, puis à son compte jusqu'aux années 60,

Patenté en 1931; autorisé à exercer le 25 décembre 1943, par l´application de la loi du 31 décembre 1940 (gouvernement de Vichy) instituant l'ordre des Architectes et règlementant le titre et la profession. Dispensés du diplôme par les dispositions transitoires du 31 sept 41, 1 avril 1944 et 30 août 1947 nº47-1654. Ces Architectes se regrouperont en Société des architectes modernes S.A.M. mais ne peuvent afficher D.P.L.G. car ils ne le sont pas, aujourd'hui, il n'existe pas cette possibilité d'exercer

Il réalise d'innombrables petites villas après 1950, mais ses principales références sont:

- Les Abattoirs municipaux, rue du médecin major Ayrant, avec Desmaret.

- Immeuble de l'IMCAMA, rd. pt. Lyautey 1928.

- Immeuble Demeure, bd de la gare 1928.

- Villa Puech, av. De l´hippodrome 1928.

- Immeuble Fallole, rue de bouskoura 1930.

- Villa Greslin, rue Jeanne d´Arc 1930.

- Immeuble Rodrigues, rue Girardon, 1934.

- Villa Boitel, rue Rodin 1934.

- Eglise du Maarif, 1936.

- Villa Scaduco, rue Dom Perignon, 1938.

- Station Service, rue de l'aspirant Lafuente et de Longwy 1954.

- Villa Beausejour 1954.

- Garage ESSO, bd. De Lorraine, 1955.

Etc. c'est un Architecte formé sur le tas et au pied du mur, mais sans école et sans titre.

ARCHITECTE: Pierre COLDEFY

Né à Dècaseville, le 21 septembre 1918 mort à Nice le 21 fev. 1978. Diplôme ENSBA (EBA Bordeaux) admission 1939; élève Hilt; 1re cl. 1942; médailles; D.P.L.G. en 1945, travaille pour la reconstruction autour de Dunkerque 1946, puis rejoint l´équipe d´Alexandre Courtois en 1949, autorisé à exercer le 14 fev. 1950. Quitte Casablanca pour Nice en 1966 où il travaille pour l'OTH. Et Banque Paribas. Principales références au Maroc:

- Salle des fêtes de l'église orthodoxe, rue de Namur 1950.

- Immeuble rue de Cabris, 1950.

- Villa Salvaing, rte d'azemmour, 1950.

- Hôtel de Sevigné, 1951.

- Garage et Station Service, bd. De Bordeaux 1952.

- Immeuble des assurances générales incendie, bd. De Lorraine 1952.

- Eglise du Maarif, 1952.

- Eglise Saint Paul, bd. Denis-Papin, Bourgogne 1953.

- Villa Haubert, rue saint servais, et de porqueroles, 1953.

- Dispensaire Valentin Hauy, bd. Des crêtes, 1953.

- Station-service Esso bd de la corniche, Ain Diab, 1955.

- Immeubles pour les Habous, au dessus du passage Sumica pl. Edmond Doutté 1955.

- Maison Coldefy, bd. Du Lido Anfa 1955.

- Ensemble de logements CIFM, bd Laurent Guerrero, 1956/58.

- Ensemble de logements le Plateau, 1957/59.

- Villa les Violettes boucle d´Anfa 1959.

- Villa Bd.du préfet Laurent. Beaulieu 1964.

- Lycée de la Mission Française,

- Palais de Justice Safi,

- Lycée Descartes, Rabat.

- Participe a la reconstruction d´Agadir, etc., etc.,

Un des Meilleurs Architectes de Casablanca d'après la deuxième guerre Mondiale. Aucune comparaison avec le précédent, une autre époque.

 

 

 

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